Florence Lazar au Jeu de Paume

Le jeu de Paume présente une exposition consacrée aux oeuvres de l’artiste, cinéaste et photographe Florence Lazar. L’exposition réunit des films et des photographies datant de 2000 à aujourd’hui qui s’attachent à relire des événements dans des contextes géographiques et sociaux particuliers à la lumière de récits minoritaires

L’exposition met en perspective l’œuvre de Florence Lazar à travers un choix de films et de photographies produits depuis 2000 ainsi qu’une nouvelle création conçue par l’artiste pour l’occasion en Martinique. Ces réalisations dans lesquelles la forme documentaire domine et qui se construisent par l’enquête ont pour objet d’étude récurrent des récits minoritaires qui s’inscrivent dans des contextes géographiques et sociaux particuliers, ainsi que le processus de transmission de l’histoire.

Au cours des années 1990, Florence Lazar (née en 1966 à Paris) travaille principalement le genre du portrait photographique avant d’intégrer, à la fin de la décennie, la vidéo à sa pratique. Le choix de ce nouveau médium s’inscrit dans son désir de répondre en tant qu’artiste à la crise qui déchire alors la Yougoslavie. Du fait des liens familiaux et sociaux qui la rattachent au territoire yougoslave, elle a suivi de près le conflit depuis son déclenchement dix ans plutôt.

L’œuvre la plus ancienne de l’exposition, Les Paysans (2000), fait partie d’un cycle de vidéos et films documentaires portant sur la responsabilité individuelle et collective face au conflit yougoslave. Le documentaire occupe une place de premier plan dans la démarche de Florence Lazar depuis cette époque. Ce cycle culmine en 2014 avec son troisième long-métrage, Kamen (Les Pierres), également présenté ici. Le film met au jour des tentatives – sur les plans religieux et culturels – de réécrire le passé dans le but de renforcer le déni de responsabilité plutôt que de le combattre.

En 2008, elle renoue avec son travail antérieur sur le portrait en réinvestissant de façon novatrice la photographie documentaire. La série d’images qui en résulte montre des supports imprimés liés à l’itinéraire politique de son père. Le fils de l’artiste y joue à la fois le rôle de modèle et de lien entre les générations, comme dans la vidéo Confessions d’un jeune militant, où il assiste son grand-père dans la présentation des ouvrages qui ont marqué sa formation intellectuelle.

En passant d’une des principales sources de la formation de soi à une autre – de la famille à l’école –, Florence Lazar produit un ambitieux ensemble de trente-cinq photographies inauguré en 2016 dans le cadre de la commande du 1 % artistique pour le collège Aimé-Césaire, dans le 18e arrondissement de Paris. Hommage à la célèbre figure éponyme de l’établissement, l’œuvre réalisée en étroite collaboration avec les élèves fait valoir qu’une approche objective du passé colonial français, loin de perpétuer les clivages sociaux et raciaux ou une culpabilité nationale, peut conduire à une reconnaissance commune de l’histoire.

Coproduite par le Jeu de Paume et montrée ici pour la première fois, 125 hectares (2019), l’œuvre la plus récente de l’artiste, revient au thème pastoral introduit par Les Paysans. Elle s’inscrit dans une enquête entamée en Martinique, terre natale de Césaire, sur les conséquences écologiques et sanitaires à long terme de la chlordécone, insecticide cancérigène utilisé pendant plus de vingt ans dans les bananeraies de l’île. Tiré de la pièce Une tempête de Césaire – adaptation postcoloniale de La Tempête de Shakespeare –, le titre de l’exposition évoque non seulement les ravages écologiques du colonialisme, mais également les potentialités émancipatrices de l’histoire.

 

Depuis le 12 février et jusqu’au 2 juin au Jeu de Paume – Paris 

 


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